50ème billet | Miro au Grand Palais (1)  

 

 Françoise Revol-O'Quin | FrancescArts | https://francoiserevol-oquin.com | Réalisation Agence Culture Digitale http://culture-digitale.net/ Culture Digitale, l’agence digitale au service des acteurs culturels depuis 2011.

 

« Autoportait » 1919-Huile sur toile (73 x 60 cm)

Paris, Musée National Picasso-Donation des héritiers Picasso 1973/1978

 

 

Plus je me penche sur le travail de MIRO, plus je suis fascinée et impressionnée par son ampleur et sa profondeur. Artiste hors pair, maitrisant aussi bien la sculpture, la peinture, la céramique que le dessin, il a passé sa vie à se remettre en cause, pour toujours progresser dans son travail. Tout en gardant son cap, sa soif de liberté et son indépendance. Remarquable !

Alors j’ai eu envie de consacrer deux billets à la rétrospective de Joan MIRO au Grand Palais. Voilà le billet N°1 !

Publication du billet N°2 le 8 décembre prochain.

Bonne lecture ! Vos impressions et commentaires sont les bienvenus.          

 

 

JOAN MIRO : ARTISTE GÉNIAL, LIBRE ET INDEPENDANT !  (1)

 

Françoise Revol-O'Quin | FrancescArts | https://francoiserevol-oquin.com | Réalisation Agence Culture Digitale http://culture-digitale.net/ Culture Digitale, l’agence digitale au service des acteurs culturels depuis 2011. 

« La Rose » 1916-Huile sur carton (77×74 cm)

Chicago, Alsdorg Collection

 

150 œuvres de l’artiste catalan, Joan MIRO,  sont présentées au Grand Palais, jusque début février, dans une très belle rétrospective qui lui est consacrée. Cette exposition nous donne toute la mesure du rôle clé que MIRO a joué dans la création artistique du XXème siècle.

Exposition incontournable !

 

 

 

J’ai eu un « choc » en arpentant les salles du Grand Palais en contemplant les œuvres de MIRO. Pourtant j’ai eu la chance de visiter, il y a quelques années, la Fondation Miro à Barcelone et la Fondation Maeght à St Paul de Vence. Je ne pense pas avoir alors saisi la force et la profondeur de ses œuvres….

Choc devant la puissance du travail de MIRO. Sous nos yeux, se déroule le travail de toute une vie de cet artiste passionné, habité par son œuvre.

Choc aussi devant sa diversité : peintures, dessins, sculptures et céramiques sont là, toujours maîtrises et percutants. Cette diversité exprime sa capacité incroyable à se remettre en cause, à se renouveler, à essayer, à tester.

Choc car, à la fin de sa vie, il touche à l’ « Essentiel ». Le résultat de dizaines d’années de travail, de recherches.

Choc, enfin, devant son immense talent. Qui allié à une indépendance et une liberté d’esprit exceptionnelles a fait des merveilles. Je suis subjuguée !

 

 

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« La Maison du palmier » 1918-Huile sur toile (65 x 73cm)

Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia, 1998

 

I AVANT LA GUERRE CIVILE ESPAGNOLE ET LA SECONDE GUERRE MONDIALE

 

Joan MIRO, né en 1893 à Barcelone, a été marqué par trois lieux, qui l’inspireront tout au long de sa vie. Mont-roig, la ferme familiale en Catalogne, avec ses paysages colorés. Paris, lorsqu’il y débarque en 1920, alors la capitale mondiale de l’art. Majorque où il construira, enfin, l’atelier dont il a toujours rêvé.

 

MIRO a effectué ses études artistiques dans une école de Barcelone, réputée pour la qualité de son enseignement (toutes les matières artistiques y sont enseignées) et pour son ouverture vers les idées de l’avant-garde européenne. Mais l’école met aussi l’accent, pendant les 3 ans de scolarité, sur la concentration, la méditation, la vie intérieure, l’imaginaire…. Très avant-gardiste ! Alors quelle chance a eu MIRO , qui se qualifiait alors comme le «Fauve catalan qui se cherche ».

 

 

 

Influences

 

Après le fauvisme, dont il retient surtout les couleurs, MIRO subit l’influence du cubisme, qu’il contrebalance par l’art catalan, le fauvisme…. Il suit les nouveaux courants artistiques, tout en préservant son indépendance.

 

« Je briserai leur guitare » a-t-il d’ailleurs déclaré quelques années plus tard à André Masson au sujet du Cubisme. Au début de la première guerre mondiale, il passe par une période de miniaturisation. Il peint alors des objets du quotidien et des animaux qu’il détaille minutieusement.

 

A son arrivée à Paris en 1920, MIRO, réfractaire à « l’esprit provincial » de Barcelone, écrit à un de ses amis : « Décidément, plus jamais Barcelone. Paris et la campagne, et cela jusqu’à ma mort ». Il tiendra parole !

Alors qu’il sous loue à Paris un atelier au 45 rue Blomet, André Masson, son voisin avec qui il se lie d’amitié, lui présente des poètes et des écrivains, dont il partage les aspirations : Raymond Queneau, Paul Eluard, Louis Aragon, Georges Bataille, André Breton….. Toujours à Paris, il rencontre son compatriote, Pablo PICASSO. Une longue amitié s’ensuivra.

 

Durant l’été 1921, MIRO revient à Mont-roig, où il commence « La Ferme » (voir ci-dessous). Cette toile va l’obséder de longs mois : il veut parvenir à dépasser le réel tout en l’illustrant. On retrouve d’une part l’influence cubiste par sa stylisation très poussée et d’autre part son goût pour les détails très minutieux.

 

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« La Ferme » 1921-1922-Huile sur toile (123,8 x 141,3 cm)

Washington National Gallery of Art, don de Mary Hemingway, 1987

 

 

Voilà le commentaire d’Ernest Hemingway après avoir acheté ce tableau en 1934 : « Jamais je ne voudrais l’échanger contre un tableau au monde….Il y a là-dedans tout ce que vous sentez de l’Espagne quand vous y êtes et aussi tout ce que vous sentez quand vous n’y êtes pas, et que vous ne pouvez pas y aller. Personne d’autre n’a été capable de peindre ces deux choses très différentes »

 

 

Imaginaire

 

Ces différentes rencontres le plonge dans un univers poétique qui le libère de la tradition. La réalité visible cesse d’être sa référence. L’imaginaire la remplace. Le Surréalisme apparaît dans les œuvres de MIRO.

 

 

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 « Peinture » 1926-Huile sur toile, 60x73cm

Collection particulière

 

 

 

Entre 1925 et 1927, il crée un système de signes, qui apparaissent sur des fonds monochromes qui rappellent la terre, le ciel. Il travaille alors deux séries de 7 toiles « Paysages imaginaires ». Les couleurs vives saturées et la ligne d’horizon réapparaissent dans certaines. Ces 14 peintures créent un monde à part, où les paysages, pleins d’allégresse et de vie, voient naitre, sous le pinceau de MIRO, des êtres, des insectes, des animaux qu’il a imaginés. Imagination débridée parfois  exacerbée par des hallucinations dues à la faim.

 

 

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« Chien aboyant à la lune » 1926-Huile sur toile (73 x 92 cm)

Philadelphie, Philadelphia Museum of Art

 

 

 

II GUERRE CIVILE ESPAGNOLE ET SECONDE GUERRE MONDIALE 

 

Jusqu’à ce que les crises financières, sociales et politiques secouent le début des années 1930, le travail de Joan MIRO est marqué par l’exubérance. Son style évolue ensuite vers le grotesque, l’inquiétant. Il exprime ainsi ses tensions face à ces événements.

Lorsqu’à l’été 1936 la guerre civile espagnole éclate, MIRO s’exile à Paris avec sa famille. Il réalise des natures mortes, des paysages nocturnes et des dessins marqués par de puissantes distorsions qui expriment sa profonde angoisse.

 

 

 

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« Peinture (Oiseaux et insectes), 1938-Huile sur toile (116×89 cm)

Vienne, Alebrtina, Baltiner Collection

 

 

 

 

Guerre civile espagnole

 

Avant de quitter l’Espagne, il avait commencé à Mont-Roig une série de  27 peintures sur masonite (Isorel). Couleurs pures qui se détachent sur un jeu dominant des noirs et des blancs, puissance et matière sont omniprésents. Pour lui, ces peintures sont « des exorcismes violents, instinctifs » aux évènements.

 

MIRO est aussi sollicité par l’Espagne républicaine, pendant la guerre civile, pour réaliser un timbre « Aidez l’Espagne » et la décoration du pavillon de la République espagnole pour l’Exposition Universelle, qui se tient à Paris du 25 mai au 25 novembre 1937. MIRO peint un panneau mural de 7 mètres de long, « El Segador » (« Le faucheur », œuvre qui disparaitra lors du démontage) exposé face à la toile monumentale de PICASSO, « Guernica ». Les messages de ces deux artistes espagnols sont clairs : résistance au fascisme franquiste.

 

 Seconde guerre mondiale

 

Au début de la seconde guerre mondiale, MIRO commence à Varangeville-sur-mer, où il s’installe avec sa famille, une série de 23 gouaches sur papier, « Constellations » (voir ci-dessous). Il poursuivra ce travail à Palma de Majorque et le finira à Mont-roig, 2 ans plus tard.

 

 

 

 

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« Femmes encerclées par le vol d’un oiseau »1941

Gouache et huile sur papier (46×38 cm)

Paris, collection particulière

 

 

 

 

Avec « Constellations », MIRO élabore une nouvelle langue idéographique de pictogrammes, qui sera déterminante pour son travail dans les années à venir. Exposées en 1959 à New York, par le galeriste Pierre Matisse, fils du peintre du même nom, Constellations connaîtront un grand succès outre Atlantique.

 

 

Pendant ces années de guerre, la céramique envahit la vie de Joan MIRO. Nombre de spécialistes estiment que son génie artistique explose littéralement à travers sa création de plats, de vases et autres plaques rectangulaires. Des œuvres surprenantes vont éclore….qui je l’avoue me touchent moins.

Toujours en quête de renouvellement, elles seront quelques années plus tard suivies par des sculptures.

 

 

 


 

« MIRO » Rétrospective

Jusqu’au 4 février 2019

Au Grand PALAIS à Paris

www.grandpalais.com

 

Suite et fin de ce 50ème billet,

samedi 8 décembre 2018,

avec le 51ème billet.

 

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