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77ème billet 

 

 

Deux artistes américains du XXème siècle en France :

Lee Miller et Alexander Calder 

 

 

 

I Lee MILLER (1907 – 1977)

 

 « Portrait de Lee MILLER » 

Paris, 1930

Man RAY (Emmanuel RADNISTZKY, dit)

Collection Centre Pompidou-Paris

 

 

Lee MILLER est aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes photographes du XX è siècle. 

Mais elle a été aussi modèle/mannequin, correspondante et photographe de guerre, et même …amoureuse de la cuisine.  

 

Née en 1907 dans la banlieue de New York, Elisabeth Miller « baigne », dès son plus jeune âge, dans la photographie. Elle disait d’ailleurs fréquemment, « Je suis pour ainsi dire née dans une chambre noire et c’est là que j’ai grandi »

Très jeune, elle décide de se faire appeler Lee, surnom unisexe en harmonie avec son style androgyne qui lui ouvrira moult portes. En effet, jeunesse et androgynie sont alors plébiscitées, ils riment avec émancipation et indépendance des femmes.

 

A la fin des années 1920, Lee Miler devient l’une des premières stars du mannequinat photographique de mode, et parmi les plus recherchées. Elle incarne à la perfection la femme moderne, émancipée et active. 

 

Entre 1929 et 1932, elle s’installe à Paris, où elle rencontre Man RAY, dont elle deviendra l’apprentie mais aussi sa compagne. 

 

 

« Cage aux oiseaux »

Paris ,1931

Lee Miller Archives

 

 

 

Assez rapidement, bien décidée à rester indépendante et libre, elle ouvre son propre studio à Paris et affirme ainsi la singularité de son regard grâce aux multiples photos prises dans les rues.

 

La photo ci-dessus, « Cage d’oiseaux », joue avec la réalité et l’illusion, mais aussi la liberté et l’enfermement.

  

En 1932, elle quitte Paris pour New York, où elle ouvre un nouveau studio. Très vite, elle va se spécialiser dans les photos/portraits d’artistes et d’amis.

 

En 1934, Lee MILLER épouse un homme d’affaires égyptien et s’installe au Caire avec lui. Ses photographies de cette période, auxquelles j’ai été particulièrement sensibles, mettent particulièrement en valeur les contrastes et les changements de perception dus à des angles de prise de vue spécifiques. 

 

« Du haut de la grande pyramide », 

Gizeh, Egypte, 1938

Lee Miller Archives

 

 

 

Puis en 1937, elle rencontre Roland PENROSE, peintre et poète surréaliste britannique. Lee MILLER revient alors de plus en plus fréquemment en Europe, où elle renoue avec ses amis surréalistes rencontrés lors de son séjour parisien quelques années plus tôt.

Durant cette période, ses photos, très souvent sensuelles, sont généralement estampillées « « Surréalisme » par les critiques. Ses liens étroits avec Man RAY puis avec Roland PENROSE expliquent certainement en partie cette qualification. Ce dernier a d’ailleurs organisé à Londres, en juin 1936, « l’exposition internationale du surréalisme ».

 

En 1939, la guerre éclate en Europe en septembre. 

Lee MILLER décide de rester à Londres. Elle prendra de nombreuses photos des ruines et bombardements de Londres, témoignages vibrants et forts de la réalité de la vie quotidienne pendant le Blitz. 

 

Elle fera également de nombreux reportages photographiques sur les femmes qui ont choisi de s’engager dans la guerre, comme infirmières, aviatrices, photographes…. Ses photos (voir ci-dessous) seront publiées dans le « Vogue » anglais et américain de l’époque.

 

« Anna LESKA, pilote polonaise »

aux commandes d’un Spitfire pour l’ATA (Air Transport Auxiliray), 1942

Lee Miller Archives

 

 

« La pilote Anne DOUGLAS »

du WRNS (Women’s Royal Naval Service) monte à bord d’un avion Albacone.

Lee MILLER Archives 

 

 

 

« Margaret BOURKE-WHITE »

8th Bomber Command, Northamptonshire, 1942

Lee MILLER Archives

 

  

Fin 1942, à force d’avoir « harcelé » les autorités compétentes, elle obtient enfin son accréditation de correspondante de guerre de l’armée américaine. Mais il lui faudra encore attendre de longs mois pour avoir -enfin- l’autorisation de « monter au front ». 

 

Elle réalisera alors des séries de photos très évocatrices, toujours avec une note personnelle, sur la dure réalité quotidienne de la guerre, notamment lors de la libération de St Malo, des camps de Dachau et Buchenwald, puis de l’Europe, avec son œil aiguisé, décalé, que je trouve formidable. 

 

 

 

« Religieuses françaises, réfugiées » 

Saint Malo, Bretagne, 1944

Lee MILLER Archives

 

 

« Sans titre »

(jambes d’un prisonnier)

1945-Camp de Buchenwald

Lee Miller Archives

 

 

« La balance de la justice » 

Francfort 1945

Lee MILLER Archives

 

 

 

 

La photo ci-dessous, où elle pose dans la baignoire d’Hitler, est aujourd’hui considérée comme l’une des plus emblématiques de la fin de ce conflit mondial.

 

« Lee MILLER dans la baignoire d’Hitler »

Lee MILLER et David E. SCHERMAN

(Appartement d’Hitler, 16 Prinzregentenplatz à Munich)

Lee Miller Archives

 

 

 

Ses photographies, toujours dotées d’une touche subjective, expriment clairement la douleur, les privations et la violence du conflit. 

 

Après la guerre, Lee MILLER restera profondément marquée par ce qu’elle a vu et vécu. Tout en poursuivant pendant quelque temps ses reportages et photographies pour Vogue, elle retrouve Roland PENROSE, avec qui elle aura un fils, Antony, en 1947. 

 

Puis, tout en douceur, elle arrête ses reportages, pour se consacrer à sa nouvelle passion, la cuisine.

 

A titre privé, elle photographie ses amis artistes qui leur rendent visite dans leur maison, Farleys Farm House, dans le Sussex. Cette série de photos, après celles de la guerre, est vraiment réjouissante.

 

 

« Henry MOORE avec sa sculpture « Mother and child »

Chiddingly, Royaume-Uni, 1953

Lee MILLER Archives

 

 

« Joan Miro au zoo »

Londres, Royaume Uni, 1964

Lee MILLER Archives 

 

 « Pablo PICASSO et Antony PENROSE avec la sculpture « La femme à la clé » »

Vallauris, Alpes Maritimes, 1954

  

Lee MILLER décède en 1977, en Grande-Bretagne, d’un cancer des poumons.

 

J’ai été séduite, et peut-être même fascinée par la modernité de cette femme. N’oublions pas qu’elle est née en 1907, il y a donc 120 ans ! Or sa vie est marquée par une liberté choisie, assumée et constructive, situation exceptionnelle pour une femme de cette époque. 

 

 

 

Lee MILER dans sa maison du Sussex.

 

J’ai eu beaucoup de plaisir à déambuler au milieu de ses photos, présentées sobrement au Musée d’art moderne de la ville de Paris.

Néanmoins, je regrette que quelques-unes n’aient pas été agrandies ! 

 

 

Pour en savoir plus :

 

Musée d’Art Moderne de Paris

11 avenue du Président Wilson 75116 Paris

Fermé le dimanche – Nocturne le jeudi jusqu’à 21h30

 

Jusqu’au 2 aout 2026

 

 

https://www.mam.paris.fr/fr/expositions/exposition-lee-miller

 

 

 

II Alexander CALDER (1898 – 1976)

 

 

 

 

 

 

« Les chiens ne font pas des chats »Alexander CALDER en est un bel exemple.

 

Son grand-père puis son père étaient sculpteurs et sa mère était peintre. Après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur en mécanique, il décide de se consacrer à la création et intègre en 1923 l’Art Student League of New York, où il travaille la sculpture et la peinture, avec un véritable talent.

 

 

« Lioness » 1929

Calder Foundation, New York

 

 Après ses études, il traverse l’Atlantique et débarque à Paris, où il restera jusqu’en 1933. 

 

 

« Circus Scene » 1926

Gouache sur toile

Universiy of California, Berkeley Art Museulmand Pacific Film Arhive

 

 

Durant son séjour parisien, il crée le Cirque de Calder, qu’il avait déjà longuement mûri (voir photo ci-dessus). 

Son cirque, composé d’un ensemble de 200 personnages faits de fils de fer et de chiffons, est mis en scène dans un spectacle qui dure environ deux heures. 

Transportable, il fait également des tournées à Berlin et à New York.

 

« Two acrobats, Catapults and Platform structure »

Whitney Museum of American Art, New York

 

  

Son Cirque suscite un fort engouement auprès des avant-gardes parisiennes, Joan MIRO, Man RAY, Fernand LEGER et Piet MONDRIAN, tout particulièrement.

 

 

« Peinture (Oiseaux) » 1927

Joan MIRO

Huile sur toile – Collection Nahmad

 

Mais CALDER est aussi novateur : en 1932, il expose pour la première fois un de ses « Mobiles ». La peinture ci-dessus du peintre portugais Joan MIRO évoque la légèreté des mobiles de CALDER.

Le nom « Mobile » est alors proposé par Marcel DUCHAMP.

 

 

 

« Black Widow » 1948

Feuille de métal, fil de fer et peinture

Instituto de Arquietetos do Brasil-Departemento de Sao Paulo

Dépôt de l’artiste 1948

 

Amoureux du mouvement, oui, mais aussi des objets statiques ou « stabiles ». C’est l’artiste ARP qui proposera ce terme, en réponse à la terminologie de DUCHAMP, pour désigner les objets statiques de CALDER au début des années 1930.

En 1933, face à la montée du fascisme et à l’arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne, sa femme et lui, amoureux de la liberté, décident de rentrer aux Etats-Unis.

En 1937, il participe au Pavillon de la République Espagnole en 1937 avec MIRO et PICASSO, occasion pour lui de faire un aller-retour en Europe.

 

« Acrobate » Paris, 19 janvier 1930

Pablo PICASSO

Huile sur contreplaqué

Fondacion Almina y Bernard Ruiz-Picasso

 

En 1952, CALDER obtient le Grand Prix de Sculpture de la Biennale de Venise.

 

 

« Un effet du japonais » 1941

Feuille de métal, fil de fer et peinture.

Calder Foundation, New York

 

 

 Après la fin de la guerre, au début des années 1950, il revient en France, à Saché, hameau dans la vallée de la Loire où il installe son atelier, où il reviendra régulièrement depuis les Etats-Unis.

 

« Constellation with Sundial » 1943

Centre Pompidou, Paris

Musée national d’art moderne/Centre de création industrielle

Don de l’artiste 1957

Sundial

Collection Adrien Maeght Saint Paul de Vence

 

CALDER, tout au long de sa carrière, continue de mettre l’accent sur le mouvement, grâce à ses fins assemblages de métal qui s’animent au moindre souffle.

Mais il développe aussi des constructions monumentales, comme celle de l’UNESCO à Paris.

S’il est surtout connu pour ses mobiles et ses stabiles, Calder a également réalisé de magnifiques bijoux, qui ont beaucoup d’allure.

« Collier pour/Necklace for Nucléa » 1952

Fil d’argent

Calder Foundation, New York

Mise en scène à l’occasion de l’exposition à la Fondation LV

 

CALDER a développé son œuvre avec un pied aux Etats-Unis et un autre en France, jusqu’à sa mort qui surviendra le 11 novembre 1976, aux Etats-Unis. Il avait 78 ans.

CALDER et MILLER sont donc deux artistes américains, quasi contemporains, qui ont mis le cap vers la France à peu près en même temps

 

Autant la démarche artistique de MILLER m’impressionne (vous l’aviez compris !), autant celle de CALDER me touche moins. Elle m’amuse, un peu comme un « gadget ». Son idée de mobile, il fallait y penser, ce qu’il a fait. Alors BRAVO l’artiste pour cette inventivité ! Regarder un mobile tournoyer délicatement dans l’air est amusant, voire détendant.

 

SARTRE écrit assez justement « … c’est comme une fleur qui se fane dès qu’elle s’arrête… » ou « .. comme une petite fête locale.. ». 

Sa sculpture « La lionne » (deux premières photos) m’a infiniment touchée par sa robustesse, mais aussi sa délicatesse féline.

Pour en savoir plus :

Fondation Louis Vuitton

8 avenue du Mahatmat Ghandi

Bois de Boulogne 75116 Paris

 

Jusqu’au 16 août 2026

https://www.fondationlouisvuitton.fr/fr/evenements/calder-rever-en-equilibre

 

 Idée de lecture :

 

« L’inconnue du portrait » de Camille PERETTI

Que vous soyez sur la plage, dans un train ou dans un avion, vous n’abandonnerez pas ce livre, il vous tiendra jusqu’au dernier mot.

Ce tableau, peint par Gustav KLIMT, en 1910, a été acheté par un collectionneur anonyme en 1916, puis retouché par son auteur en 1917. Volé en 1997, il réapparait mystérieusement en 2019 dans un musée d’art moderne italien.

Que s’est-il passé ? Qui était la jeune femme du portrait ?

Camille PERETTI nous emmène dans une enquête haletante à travers les Etats-Unis et l’Europe (comme nos deux artistes MILLER et CALDER), et elle imagine qui était « l’inconnue du portrait »  et pourquoi cette peinture de KLIMT a disparu.

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