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79ème Billet – « AU TEMPS DE CAMILLE CLAUDEL, ETRE SCULPTRICE A PARIS »

 

« La Petite Chatelaine » 1892-1893

Camille CLAUDEL (1864-1943)

 Vous pouvez voir cette sculpture, si touchante, au musée de Pont Aven (Finistère), à l’exposition « Au temps de Camille CLAUDEL, être sculptrice à Paris », jusqu’au 8 novembre 2026.

Grâce à des prêts nationaux et internationaux, près de 90 objets sont exposés : des sculptures, bien sûr, mais également des portraits, sous forme de peintures, dessins et photos de ces différentes sculptrices, mais aussi des lettres.

Cette exposition nous permet ainsi de découvrir l’entourage artistique féminin de Camille CLAUDEL, depuis ses débuts dans le Paris cosmopolite des années 1880 jusqu’à son internement en mars 1913.

 

 

 

« L’Abandon » 1905 

Camille CLAUDEL

Bronze

 

Avant d’être présentée au musée de Pont-Aven, où elle a été inaugurée fin juin 2026, cette exposition a fait un petit tour de France, qui a démarré le 13 septembre 2025 au musée Camille Claudel, à Nogent-sur-Seine, jusqu’au 4 janvier 2026, avant de filer au Musée des Beaux-Arts de Tours, entre le 31 janvier et le 1er juin 2026, puis dans le Finistère. Cette rétrospective est donc l’aboutissement d’une étroite collaboration entre ces trois musées.

 

Pourquoi cette exposition ?

Tout en affirmant, une fois encore, le talent de Camille CLAUDEL en présentant certaines de ses sculptures, l’objectif de cette exposition est de mettre en évidence l’existence d’autres sculptrices en ce tournant du XXème siècle, toutes également fort douées, et qui ont croisé le chemin, de près ou de loin, de Camille CLAUDEL.

Déambuler dans cette exposition, m’a permis de découvrir les travaux d’une vingtaine de sculptrices, françaises et étrangères, comme Charlotte BESNARD, Marie CAZIN, Madeleine JOUVRAY, Jessie LIPSCOMB, Agnès de FRUMERIE, Anna BASS, Jane POUPELET et bien d’autres.

Malgré les nombreuses interdictions faites alors à la gent féminine dans le domaine de l’art, notamment celle d’assister aux cours de l’école des Beaux-Arts, plusieurs d’entre elles, qu’elles soient sculptrices, peintres…, ont réussi à se frayer un chemin, et pas n’importe lequel, dans ce dédale majoritairement masculin. Bravo à elles, cela n’a pas dû être simple tous les jours…

On découvre également quelles ont été les relations entre Camille CLAUDEL et ses contemporaines ; mais aussi leurs rôles clé au sein de l’atelier de RODIN.

Ainsi, la suédoise Agnès KJELLBERG arrive en 1892 à Paris, grâce à une bourse de l’Académie des Beaux-Arts de Stockholm, où elle s’installe jusqu’en 1934. Devenue Agnès de FRUMERIE par son mariage en 1893, elle mènera une carrière prolifique de sculptrice, dessinatrice et céramiste.

En dehors de ses amies britanniques de jeunesse, Agnès de FRUMERIE (1869-1937) est la seule sculptrice que Camille CLAUDEL mentionne dans sa correspondance …avec d’ailleurs une profonde amertume …. !

 

« Les causeuses » 1896

Camille CLAUDEL 

Bronze

 

 

En effet, quelque temps après sa rupture avec Auguste RODIN, Camille CLAUDEL l’accuse de plagiat, sans doute pour sa petite sculpture « Les Commères » (ci-dessous), qu’elle considère comme une imitation de ses « Causeuses » (ci-dessus)

Commentaires des organisateurs de cette exposition, qui ont réussi à réunir ces deux sculptures : « elles présentent pourtant peu de similitudes ». 

 

« Les Commères » 1908

 Agnès de FRUMERIE

Bronze

J’ai trouvé particulièrement intéressante la présentation des trois sculptures « Giganti » (ci-dessous), réalisées la même année, en 1885, respectivement par les trois artistes, CLAUDEL, LIPSCOMB et RODIN, dont vous pouvez voir les photos ci-dessous.

 

 

« Giganti » Vers 1885

Jessie LIPSCOMB (1861-1952)

Bronze

 

 

« Giganti » vers 1885

Camille CLAUDEL 

Bronze

 

 

 

« Giganti » vers 1885

Auguste RODIN (1840-1917)

Bronze

  

 

Chacune de ces têtes a vraiment une personnalité, un style, fort différents des deux autres. Celle de RODIN n’est-elle pas plus stylisée ? Celle de CLAUDEL nous regarde avec une arrogance et une fierté que je qualifierai d’écrasantes. Et celle de LIPSCOMB, très belle, est plus classique.

Nouvel arrêt devant les deux sculptures ci-dessous qui ont titillé ma curiosité.

 

 

 

 

« Le Psaume » vers 18889-1892

Camille CLAUDEL

Bronze

 

La sculpture « Le Psaume » de Camille CLAUDEL (ci-dessus) donne l’impression que la personne se « récite » une prière, exprimée en silence. En revanche, le marbre de Madeleine JOUVRAY (ci-dessous)qui est une œuvre précoce, évoque une souffrance intérieure intense. Si j’ai bien compris, il s’agit de deux têtes masculines, en dépit du voile féminin…

La tête de Camille CLAUDEL a été réalisée quelques années après celle de Madeleine JOUVRAY.

 

 

 

« La Douleur » 1886 

Madeleine JOUVRAY (1862-1935)

Marbre

Ces différentes sculptrices étaient souvent des filles ou des épouses d’artistes. Elles ont généralement travaillé dans les mêmes ateliers, notamment celui de RODIN, elles étaient amies, mais aussi rivales entre elles. Certaines ont précédée Camille Claudel, d’autres lui ont succédé.

Enfin, j’ai passé un long moment devant un immense panneau pédagogique, aussi clair que synthétique. Il récapitule surtout la situation des femmes artistes dans la société fin XIXème et début XXème, mais également des femmes dans la société. Avec notamment un rappel des dates où les femmes en France et en Grande Bretagne ont obtenu le droit de vote, leur permettant ainsi de devenir des citoyennes à part entière…

Ce panneau XXL, très clair, est globalement passionnant !

Alors que nous rentrons dans une période pré-électorale en France, je n’ai pas résisté à l’envie de rajouter ce petit encadré…. Une sorte de petit pas de côté !

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Le 21 avril 1944, le Général de Gaulle publie une ordonnance, dont l’article 17 marque un tournant majeur dans la situation des femmes, qui affirme que « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. » Un an plus tard, le 29 avril 1945, les femmes françaises ont voté pour la première fois

Petit rappel européen : Le droit de vote a été accordé aux femmes en 1906 en Finlande, 1915 au Danemark, 1918 en Autriche, Estonie, Pologne, mais aussi en Grande-Bretagne et Irlande sous conditions, 1919 en Allemagne, Luxembourg, Pays-Bas, Suède, 1928 en totalité en Grande-Bretagne et Irlande, 1931 en Espagne, 1944 en France, 1945 en Hongrie, Italie, 1948 Belgique, 1949 Grèce, 1960 à Chypre, 1976 Portugal…

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Cette exposition vaut le détour, car elle nous permet de découvrir des sculptrices fort douées, totalement tombées dans l’oubli. J’ai également beaucoup apprécié la possibilité de comparer les styles de différents artistes dans le traitement d’un même sujet.

Enfin, le panneau pédagogique XXL est formidable.

Néanmoins, je ne suis pas ressortie totalement « emballée » de cette visite, pour les raisons suivantes.

Outre le fait d’avoir trouvé l’exposition un peu « fouillis », j’ai été agacée par le manque de recul pour admirer les œuvres présentées…Est-ce parce qu’il y en a trop par rapport à la taille des salles ?

Déception également pour l’éclairage faiblard des salles …Est-ce pour ne pas abimer les œuvres… ? Enfin, les murs violets et les socles/présentoirs rosés ne m’ont pas du tout convaincue.

Belle visite, si vous n’y êtes pas encore allés. Je serai ravie d’avoir vos impressions sur cette exposition, si vous avez cinq minutes à perdre….

POUR EN SAVOIR PLUS

Musée de Pont Aven

Place Julia

29930 Pont-Aven

02 98 06 14 43

https://museepontaven.fr

 

Cette exposition dure jusqu’au 8 novembre 2026

 En la visitant, profitez-en pour admirer la collection permanente du musée (Ecole de Pont Aven, Gauguin..), qui vaut vraiment vaut le détour !

 

 

LIVRE

« Pourquoi n’y-a-t-il pas eu de grands artistes femmes ? » de Linda NOCHLIN (traduit de l’anglais),

Durant l’été, j’ai lu par petits bouts ce livre qui complète bien cette exposition.

L’auteure soulève notamment cette question qui m’a beaucoup amusée, alors je la partage avec vous :

« Et si Pablo Picasso avait été Paula Picasso ? 

Son père aurait-il formé Paula dans son atelier, comme il l’a fait pour Pablo… ? » 

Qu’en pensez-vous ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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